MINUSTAH hors d’Haïti !

Qu’est-ce que la MINUSTAH nous a-t-elle apporté ?

Il existe plus de mille raisons pour que les forces de l’ONU abandonnent Haïti.

Il n’existe aucune raison capable de justifier leur présence.

Qu’est-ce que la MINUSTAH nous a-t-elle apporté ?

Repassons rapidement ses actes les plus connus :

• Plus de 10.000 morts à cause de la violence "paramilitaire" ou "humanitaire" ;

• Plus de 6.000 morts à cause de l’épidémie de choléra que les soldats de la
MINUSTAH ont propagé dans le pays en déversant leurs matières fécales dans les eaux des rivières ;

• Plusieurs milliers de viols (pour le moins 35.000 depuis 2004 jusqu’à 2006, selon le Journal "Lancet") ;

• Plus de 700.000 personnes se retrouvent encore sous des tentes de fortune, 2 ans après le tremblement de terre ;

• 2 élections mascarades où moins de 22% de la population ont voté ;

• Un développement passant uniquement par le truchement de l’établissement de zones
franches ;

• Le développement d’une insécurité favorable au retour des éléments nostalgiques
des "bons vieux jours" de la dictature duvalieriste.

Depuis 2004, la MINUSTAH se balade à travers le pays sous le couvert de raisons humanitaires. Mais, jamais elle n’aurait dû y aller. De plus la lsite de ses résultats est plus que surprenante pour une mission dite "humanitaire".

Depuis le début, nous avons toujours su que cette affaire d’aide humanitaire était
un mensonge. Quand les grandes puissances interviennent c’est en général pour
défendre leurs intérêts, mais jamais pour protéger les majorités opprimées et les
appauvries. Quand elles interviennent, elles le font pour des raisons économiques et
rien en les empêche d’étoufer (sous couvert "d’aide humanitaire") toute forme de
résistance locale à leurs dessins. Nous avons déjà pu observer cela à maintes
reprises. Mais pauvre Haïti... jamais les coups n’avaient été aussi durs.

Pourquoi ? Il nous faut remonter à la naissance de la République d’Haïti en 1904,
fruit d’une révolte d’escalves -la première république noire du monde. Dés lors, aux
yeux des puissances « civilisées » de l’Occident, Haïti est devenue une république
paria. De fait, elles ont fait à chaque fois que cela était possible tout pour
s’assurer que les haïtiens soient pour toujours un peuple opprimé et appauvri. A
peine l’indépendance conquise elles leur ont imposé des dettes illégitimes, ils ont
souffert des blocus, embargos, occupations et interventions militaires, en même
temps qu’elles leur imposait toute une classe de dictateurs en fonction des intérêts
de telle ou telle puissance : la France la première, l’Allemagne ensuite et
aujourd’hui les Etats-Unis. L’Occident « civilisé » à fait preuve de la sauvage
bestialité qu’il porte en lui dans son traitement sauvage d’Haïti.

Mais, pour bien comprendre ce qui se passe ces dernier temps en Haïti, il nous faut
examiner l’année 1986, qui a été un moment décisif dans l’histoire du pays. Il y a
eu une grande mobilisation des masses à travers tout le pays pour déraciner le
dictateur "Baby Doc" Duvalier qui avait le soutien des États-Unis et celui de la
France. Ces puissances n’ont pas pu tolérer qu’un petit pays du Tiers-Monde,
appauvri, dans les Caraïbes ait tenu ferme pour contrecarrer le plan des États-Unis
dans le but de construire sa propre démocratie. Depuis lors, c’est la "communauté
internationale", sous la direction des États-Unis, qui a tout entrepris pour
éliminer le mouvement populaire qui avait déraciné le dictateur. En premier lieu,
elles ont imposé une nouvelle dictature militaire dans le pays ; et puis en 1991,
elles ont réalisé un coup d’État contre Aristide, le premier président élu, après 7
mois au pouvoir. Elles ont ensuite imposé un autre régime militaire. En 1994, elles
ont remis Aristide au pouvoir pour pouvoir appliquer un plan néo-libéral, laissant
ensuite le pays s’enliser dans une grave crise ayant comme conséquence l’émergence
d’une dette externe illégitime. Entre-temps les entreprises multinationales ont
continué leur exploitation à outrance. Au retour d’Aristide au pouvoir en 2000,
lorsqu’il a commencé à montrer une certaine résistance dans l’application de la
politique néo-libérale qu’il avait signée à son retour d’exil, le pays fût victime
de sanctions internationales sous l’accusation de comportement "anti-démocratique",
lesquelles ont ruiné l’économie.

Finalement en 2004, quand ils se sont rendus compte que cela n’était pas suffisant
pour renverser Aristide, et que ce dernier avait touché l’orgueil d’une puissance
comme la France en demandant à ce pays de rembourser la dette de l’indépendance
payée par Haïti (de 1825 à 1948), la CIA a entraîné un groupe d’ancien militaires
néo-duvalistes en République Dominicaine et a commandité un coup d’état militiare en
février 2004. Par la suite les Etats-Unis envoyèrent des troupes, allèrent chercher
Aristide armes au poing pour le mettre dans un avion et l’envoyer en République
Centrafricaine. Le Brésil qui était prêt à tout pour obtenir un poste permanent au
Conseil de Sécurité des nations Unies, pris à sa charge le commandement de la
MINUSTHA, pour remplacer les troupes de la France, des Etats-Unis et du Canada qui
occupait l’île depuis le départ d’Arisitdes quelques mois plus tôt, donnant ainsi
une couverture de "légitimité" à cette occupation de la mal nommée "communauté
internationale".

Tout ceci est bien connu et est bine documenté. Personne ne peut nous accuser de
développer un argumentaire basée autour d’une théorie du complot. En 2006, Wikileaks
a publié un message de l’ambassadeur américain affirmant : « Si la MINUSTAH quitte le
pays de manière prématurée, elle laissera le gouvernement haïtien vulnérable face à
l’émergence des forces politiques populistes et hostiles à l’économie de marché-
renversant le progrès que nous avons accomplit ses 2 dernières années ». La MINUSTAH
« est un outil indispensable pour la réalisation des intérêts politiques clés du
gouvernement des Etats-Unis à Haïti »

Donc, quel est le rôle de la MINUSTAH ? La MINUSTAH n’est pas identique aux autres
forces d’occupation. Elle est plus que ça. Il s’agit d’une force armée qui oblige le
peuple haïtien à se soumettre au régime de facto mis en place dans le pays depuis
2004 (en dépit du déguisement démocratique à travers de diverses mascarades
électorales à faible participation). Haïti représente un cas particulier, car depuis
1995 Aristide avait mis fin à l’existence de l’armée (parce qu’on considérait que
cette armée durant toute son histoire défendait seulement les intérêts des nantis et
organisait des coups d’état). Donc il était impossible de réaliser un coup d’état
classique. C’est la raison pour laquelle ils ont dû faire appel à des militaires
étrangers pour exécuter la besogne. Le problème, c’est que les mercenaires de la CIA
qui avaient réalisé le coup d’état en se posant comme "combattants de la liberté" à
la manière des CONTRAS (au Nicaragua), ne pouvaient pas diriger le pays. Ils ont
donc été obligés de faire appel à des troupes internationales pour imposer la
"paix", les casques bleus de l’ONU. Ils ont réprimé et attaqué les pauvres en même
temps qu’ils permettaient à des groupes paramilitaires financer par des hommes
d’affaires et des oligarques d’opérer. Ce n’est pas surprenant quand nous nous
souvenons que ces militaires de la MINUSTAH proviennent de certains pays où l’armée
est responsable d’une série de violations des Droits Humains, tel le Maroc, la
Jordanie, l’Urugauy, le Brésil, le Pérou, ou encore le Sri Lanka, etc.

Il est temps de mettre un terme à cette farce. Le 29 février 2012 sera le huitième
anniversaire du coup. Cela fera huit ans qu’a commencé cette forme de tutelle
impérialiste. Ce sera le huitième anniversaire de la ruine complète du peuple
haïtien. Nous tous -organisations solidaires, médias alternatifs, tous- nous
devrions commencer l’agitation pour que ce jour soit un jour de démonstration
massive de solidarité avec le peuple haïtien dans sa lutte pour la libération du
joug militaire odieu de la MINUSTAH. Maintenant le peuple haïtien exige avec la plus
grande force la fin de l’occupation d’Haïti -après l’épidémie de choléra, les
attaques répettées contre les quartiers populaires, les violences sexuelles
systématiques comme démontré par la vidéo des troupes uruguayennes agressant
sexuellement un jeune. Nous devrions tous nous unir pour soutenir leur voix.

Il y aura des gens de bon coeur qui croiront, à tort, que le peuple haïtien ne
devrait pas être abandonnée par la « communauté internationale ». Mais remettons les
pendules à l’heure : la soi-disant « communauté internationale » a depuis longtemps
abandonné le peuple d’Haïti, du moins du point de vue de purement « humanitaire ».
Tout ce qu’a fait l ’« Occident civilisé » au cours des dernières décennies est à
l’origine des douleurs des masses haïtiennes, les affamer, les humilier, leur voler
tout ce qu’ils pouvaient leur voler et ne rien leur laisser. La soi-disante
« communauté internationale » n’a jamais montré des signes d’une réelle préoccupation
pour le peuple haïtien, comme en témoigne la réponse extraordinairement inefficace
au tragique tremblement de terre de l’année dernière, qui a seulement servi à
remplir les poches des organismes internationaux avec des milliards de dollars que
le peuple haïtien ne verra jamais. Alors que l’ONU a refusé de donner plus de la
moitié de l’argent nécessaires pour des activités humanitaires cette année (le
montant total demandé était de 382 millions de dollars) [2], alors que pour résoudre
le problème de ceux qui n’ont nulle part où vivre après le tremblement de terre de
2010 ne coûterait que 200 000 000 de dollars [3]. En même temps l’ONU qui a été
incapable d’obtenir seulement 100 000 dollars pour lutter contre l’épidémie de
choléra qui a fait plus de 6.000 victimes jusqu’à présent, consacre environ 850.000
0.000 dollars dans cette force d’occupation militaire coûteuse qui est un affront au
peuple haïtien [4]. Au lieu de saisir l’opportunité du tremblement de terre pour
reconstruire une meilleure Haïti, comme l’a déclaré cyniquement Bill Clinton
(probablement le gars dans le monde avec le plus de sang haïtien sur les mains),
plusieurs millions de dollars de contrats ont été attribués auprès de grandes
sociétés américaines sans aucune obligation de se conformer avec des résultats
concrets, laissant ainsi des centaines de milliers de personnes dans la rue [5].
Plutôt que de profiter de cette occasion pour réaliser une vraie réforme agraire
pour remettre aux paysans la terre qu’ils méritent, ils préfèrent accaparer ces
terres pour y installer des zones franches sous prétexte de développer Haïti.

Tout ce qu’à fait « l’occident civilisé » c’est d’ingérer dans les affaires d’Haïti,
de l’obliger à accepter un régime néo-duvaliériste et détruire ce qui restait du
mouvement de 1986. Cette occupation à l’instar des autres interventions effectuées
par les États-Unis depuis 1986 avec les régimes terroristes qu’ils ont l’habitude de
soutenir, est une manoeuvre pour démoraliser le peuple haïtien et mettre fin à ses
revendications, faire comprendre que toute résistance est vouée à l’échec, et faire
croire que les duvaliéristes sont les meilleurs dirigeants pour Haïti. Nous sommes
certains que le peuple haïtien prouvera qu’ils ont tort : toute l’histoire de ce pays
est une lutte constante contre la domination, il s’agit tout simplement d’un nouveau
chapitre que ce peuple est en train d’écrire.

C’est le moment de dire : c’en est trop ! Il existe plus de mille raisons pour exiger
le retrait immédiat des forces de l’ONU. Il n’existe aucune raison capable de
justifier leur présence. Il faut unir nos forces pour envoyer ce 29 février un
message clair à la "communauté internationale" : le peuple haïtien n’est pas seul.

Nous disons haut et fort :

À bas les mensonges, À bas MINUSTAH !
À bas l’occupation, À bas MINUSTAH !
À bas les violences sexuelles, À bas MINUSTAH !
À bas les abus, À bas MINUSTAH !
À bas les assassinats, À bas MINUSTAH !
À bas le racisme, À bas MINUSTAH !
À bas le colonialisme, À bas MINUSTAH !
À bas les interventions, À bas MINUSTAH !

Respect pour la dignité et le droit à l’autodétermination du peuple haïtien !

Il existe plus de mille raisons pour exiger le retrait immédiat des forces de l’ONU
d’Haïti. Il n’existe aucune raison capable de justifier leur présence.

José Antonio Gutiérrez D.
Henry Boisrolin
Elsie Haas
Isabel Ledesma
Franck Séguy

Source : www.anarkismo.net

Illustration : Manifestation du 19 octobre contre la MUNISTAH, mediahacker (Attribution-NonCommercial-ShareAlike 2.0 Generic) & anarkismo.net

Mis en ligne par Medialternatif
 19/02/2012
 https://medialternative.fr/?minustah-hors-d-haiti,3688

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