De Bruit et de Fureur : Projection Débat

Rebelles au Cinéma

Nous organisons ce mardi 1er février à 19h une soirée autour de la question des rebelles au cinéma avec un intervenant de qualité, Pierre Gabaston, professeur et critique de cinéma, qui viendra nous parler du film De Bruit et de fureur de Jean-Claude Brisseau.

Le film est très rare, ne passe que très peu sur les petits et les grands écrans, et vaut le détour d’être vu et discuté. De plus, et ceci peut-être vous motivera encore, nous faisons appel à un nouveau traiteur pour le buffet qui sera vraisemblablement excellent.

Par contre, si la nourriture sera de qualité, pour avoir également la quantité, il est fortement recommandé de réserver à l’avance.

le Méliès vous invite à venir
(re) découvrir ce très beau film de Jean-Claude Brisseau « De Bruit
et de Fureur », mais surtout à venir en discuter avec Pierre
Gabaston (critique de cinéma).

Sous les apparences d’un fait
divers, le film raconte l’aventure initiatique d’un jeune adolescent
Bruno, qui vient habiter Bagnolet et qui se retrouve confronté, par
le bais d’une amitié avec Jean-Roger, autre adolescent du
quartier, à un tissu social en pleine décomposition : violence,
délinquance précoce, échec scolaire, parents irresponsables...

Réservation vivement souhaitée au 04 42 06 29 77

Sous les apparences d’un fait divers, le film raconte l’aventure initiatique d’un jeune adolescent Bruno, qui vient habiter Bagnolet et qui se retrouve confronté, par le bais d’une amitié avec Jean-Roger, autre adolescent du quartier, à un tissu social en pleine décomposition : violence, délinquance précoce, échec scolaire, parents irresponsables. Seul Thierry, le frère de Jean-Roger réussira très péniblement et pour un temps à y échapper. Marcel, père de Jean-Roger, truand asocial et violent qui n’engendre que haine et désolation autour de lui finira par se pendre. La figure douce et obstinée de la professeur de français, oasis d’humanité dans un monde pervers n’empêchera pas le suicide de Bruno dont la mère est trop absente, ne se manifestant que par les mots qu’elle laisse à son fils.

Pour Thierry Jousse dans Les Cahiers du cinéma n°408, mai 1988 :

"Bruno est privé de regard. Dès son arrivée à Bagnolet, l’enfant-adolescent est le témoin d’une scène de violence entre voisins qui ne laisse aucun doute sur l’ambiance du lieu. Au contact de Jean Roger, il va se transformer peu à peu en voyeur, comme dans cette séquence mi-sexuelle, mi-violente, de règlements de compte dans les caves des HLM, ou dans cette autre séquence qui fait alterner la réunion des instances scolaires délibérant le cas de Jean-Roger et le regard des adolescents qui rend dérisoire toute initiative de punition. L’aboutissement de ce voyeurisme est ester absence de regard qui caractérise Bruno dans toute la dernière partie du film. Bruno ne voit plus rien, il lui est devenu intolérable de regarder, il ne peut plus supporter l’insupportable, comme dans cette séquence du meurtre du père, sorte de vision hallucinante, presque fantastique. A cette vision réelle, Bruno tente de substituer uen vision imaginaire incarnée par un oiseau et uen sorte d’ange au féminin, dont les apparitions ponctuent le film.(…) En fait, cette apparition est sans doute trop faible esthétiquement comme psychologiquement, pour contre-balancer l’hallucination permanente du film. C’est la réalité qui est hallucinante, mais comme naturellement, sans qu’il soit besoin de la forcer. A cet égard le film de Brisseau multiplie les séquences littéralement incroyables, depuis la séance d’entraînement au fusil de chasse dans l’appartement, jusqu’à la longue séance d’embrasement qui aboutit au suicide de l’enfant, séquence qui met en jeu l’alcool, le feu et al pendaison du père, image proprement faulknérienne (pour rester fidèle à la référence du titre). La violence n’est jamais plaquée, jamais gratuite ; elle semble suinter comme naturellement de l’espace et des corps ; elle nous atteint en pleine poitrine, spectateurs cloués à notre fauteuil, impliqués que nous sommes dans cette jungle d’avant l’homme.

Le sentiment dominant du film est ce sentiment de terrible qui en cesse de nous étreindre. Il y a là quelque chose d’impossible à combler, d’implacable d’inexorable et c’est là que le film atteint au tragique. (..) Sorte de milieu originaire qui génère des pulsions incontrôlables, le film excelle à saisir ces moments de basculement où un détail suffit à installer l’irréparable, comme dans cette magnifique séquence d’affrontement dans la salle de classe, entre Fabienne Babe et Jean-Roger. Tout semble encore pouvoir s’arranger mais, excédée, elle gifle Jean-Roger et d’un coup se retrouve seule face à la marée humaine de la classe en délire

A travers ces existences gâchées, ces destins joués d’avance, De bruit et de fureur fait le portait d’un monde investi par le mal. Si l’enfant se suicide à la fin c’est que Bruno a un cops trop frêle pour supporter un univers aussi absurde, aussi intolérable et qu’il n’a pu trouver la grâce en ce monde-ci. Son geste rejoint celui de l’enfant d’Allemagne année zéro, il est la réponse inacceptable à un monde inacceptable."

Thierry Jousse dans Les Cahiers du cinéma n°408, mai 1988

 31/01/2011
 https://medialternative.fr/?de-bruit-et-de-fureur-projection,3942

Messages

Voir aussi

LMP : « laboratoire multiculturel » à sauver (Paris, 18e)
LMP : « laboratoire multiculturel » à sauver (Paris, 18e)

LMP : « laboratoire multiculturel » à sauver (Paris, 18e)

Les loyers ont doublé en 10 ans à Paris, détruisant le tissus social et la culture de quartier. Le Lavoir Moderne Parisien, un symbole de la culture populaire, avait même inspiré Emile Zola en 1876, (...)

« Dieu venge l’innocent en silence ! – Imana ihora ihoze »

La France et le gouvernement rwandais entre 1990 et 1994
« Dieu venge l'innocent en silence ! – Imana ihora ihoze »

« Dieu venge l’innocent en silence ! – Imana ihora ihoze »

Le théâtre de Menilmontant accueille une pièce de Catherine Decastel, « Dieu venge l’innocent en silence ! – Imana ihora ihoze ». Sa création interroge les liens qu’entretiennent la France et le (...)
 Medialternative | 2008 · 2020