Le premier Rasta : Leonard “Gong” Howell

La dimension politique du rastafarisme

Au début du siècle dernier, le tout jeune Leonard Percival Howell (1898-1981) quitte la Jamaïque, se fait marin et parcourt le monde.

Sur sa route, il croise toutes les idées qui agitent l’époque.

Du bolchevisme à la "new thought", de Gandhi à l’anarchisme, du garveyisme à la psychanalyse, il s’agit de trouver sa terre promise.

C’est avec le cocktail de ces idées que Leonard “Gong” Howell revient en Jamaïque pour fonder en 1939 la première Commune rasta, le Pinnacle.

De là va s’élaborer le mode de vie et de pensée qui nourrira la culture du reggae que Bob Marley répandra à travers le monde.

Trente ans après la mort du chanteur et véritable icône du reggae, Hélène Lee rend hommage à Leonard Percival Howell, le Premier Rasta, dont le discours révolutionnaire, politique et social résonne avec les mouvements altermondialistes d’aujourd’hui.

https://player.vimeo.com/video/20840077

L’histoire du mouvement Rasta est très mal connue

Né aux alentours de 1930, en pleine période coloniale, il a été systématiquement marginalisé et persécuté.

Tout a été fait notamment pour effacer le souvenir de son fondateur,
Leonard Percival Howell, dit le « Gong ». Pourtant, c’est à lui que
Bob Marley doit son message et jusqu’à son nom, « Tuff Gong ».

Hélène Lee travaille depuis près de 30 ans à exhumer cette histoire.
Elle a publié en 1999 une biographie de Leonard Howell, « Le premier
rasta » (Flammarion), traduite en plusieurs langues, qui s’est imposée
comme ouvrage de référence. C’est une histoire extraordinaire : jeté
sur les routes du monde par les exodes massifs du début du XXème
siècle, Leonard Percival Howell a fait plusieurs fois le tour de la terre
et assisté à la formation du nouvel ordre mondial.

Personnage flamboyant, énigmatique, il a cristallisé les aspirations
des millions d’êtres humains que ce nouvel ordre dépossédait de leurs
terres, de leur langues et de leur identité. Son attitude irréductible a
fait de lui la bête noire de la Jamaïque des Indépendances, qui l’a emprisonné, spolié de ses biens, tourné en ridicule, jusqu’à effacer son
nom de l’histoire.

Mais il a vécu assez longtemps pour voir le reggae,
la nouvelle musique Jamaïcaine, diffuser son message sur les cinq
continents, et lorsqu’il est mort, deux mois avant Bob Marley, il était
évident que son mouvement était là pour durer. Mais le reggae est
tombé, à son tour, dans les mains du système, et tout a été fait pour
donner des Rastas une image dérisoire. Le cliché du Rasta hirsute,
perdu dans la fumée de ses joints, a réussi à occulter la dimension politique.

Pensez donc : en pleine époque coloniale, un Nègre qui défie
les puissances impériales et se bâtit un monde à part, indépendant du
contrôle policier et du système de l’argent ?

Une culture populaire, qui insuffle un contenu marxiste dans le concept biblique de Babylone ?

Un mouvement bâti, non pas sur un dogme, mais sur un mode de vie
respectueux des individus ?

Face à l’étonnante longévité du message et à sa diffusion dans toutes
les strates de la société, cette dimension révolutionnaire commence
à refaire surface.

Mais comment faire un film sur un homme dont il
n’existe qu’une poignée de photos, dont les écrits ont été systématiquement
détruits, dont le souvenir même a été banni, au point que
les jeunes Rastas ignorent jusqu’à son nom ?

C’est le défi que relève ce documentaire. En recréant la toile de fond
de l’époque à partir d’archives cinématographiques, de rapports de
police et d’articles de journaux, il nous emmène dans le sillage
du baroudeur et nous permet de suivre la formation de sa pensée.

A partir de 1932, date de son retour au pays et des premières manifestations
de son mouvement – le film laisse la parole aux témoins
directs.

Pour la première fois, il fait parler ces survivants centenaires
qui nous décrivent un mouvement Rasta bien différent des clichés.

Leurs interviews scintillants d’humour et de bon sens dessinent,
non seulement la silhouette d’un leader formidable, mais le combat
quotidien d’une poignée d’hommes et de femmes qui se dressent, sans peur, face à un système mondial tout-puissant.

Un exemple de
courage moral inouï à une époque où les Noirs, en Amérique et en
Afrique, étaient encore des sous-hommes, soumis aux travaux forcés
et à la discrimination raciale. Ils ont payé le prix de cette audace par
des persécutions incessantes et une constante désinformation visant
à les faire passer pour des fous - mais ils ont gagné.

Le reggae est partout, et des millions de jeunes se reconnaissent dans
son message.

La sortie du documentaire (avril 2011) marque la fin du silence et
la réintégration des Rastas dans le grand mouvement altermondialiste
dont ils sont les précurseurs.


Rencontre avec Hélène Lee, l’utopie rasta

Interview à voir sur TV Bruit

Durée 12min11

Après 23 ans de voyage à travers le monde, Hélène Lee entre à Libération où elle couvre le reggae et les musiques du monde. Elle a écrit puis réalisé en film "Le premier Rasta" qui raconte l’histoire de Leonard Howell, le fondateur du mouvement rasta.

D’où vient se mouvement que beaucoup s’approprie souvent à travers sa musique, le reggae ? Retour sur cette utopie contemporaine née dans la caraïbe, cet archipel d’îles du monde.


La musique a toujours accompagné et même véhiculé la pensée Rasta. Des tambours
de Count Ossie au reggae de Marley, en passant par le dub de King Tubby et la poésie
de Linton Kwesi Johnson, leur musique fut leur principal outil de propagande et de
défense, comme fut le blues pour les esclaves américains. C’est donc tout naturellement
qu’elle tient une place centrale dans le film.

La bande-son du film est signée par des producteurs historiques (Bunny Lee) et de jeunes talents de la scène internationale
(100 Grammes de Têtes, Tu Shung Peng, Groundation) La musique « live » inclut notamment : Max Romeo (première star historique du
reggae sur la scène internationale) The Abyssinians (auteurs de Satta Massa Gana, l’hymne du retour à la terre promise)
les Batteurs de Count Ossie (les fondateurs de la rythmique jamaïcaine, connus aussi sous le nom de Mystic Revelation of Rastafari)
avec Bro Royer et Filmore Alvaranga, membre de la Mission en Afrique de 1961 Miss Audrey Whyte-Lewis
(membre du Pinnacle, qui interprète les hymnes Rastas de la première heure)


Hélène Lee est une référence mondiale de la culture Rasta.
Journaliste, auteur, traductrice, réalisatrice, elle contribue depuis 40 ans à faire découvrir les artistes, la pensée et la musique noire,
d’Afrique et des Caraïbes. Que ce soit avec ses essais « Rockers d’Afrique » (Albin Michel, 1987), « Voir Trench Town et Mourir »
(Flammarion 2003), « Le premier rasta » (Flammarion 1999), ses films « Jimmy Cliff, Moving on » pour Arte, « Bons Baisers de Barbès »
pour France 3 ou encore ses articles pour Libération, Actuel ou Géo, Hélène Lee n’a eu de cesse de défendre et de mettre sur le devant
de la scène française des artistes tels que Alpha Blondy, Tiken Jah Fakoly ou encore Salif Keita. Son travail à la fois artistique et militant
a permis de donner à cette musique et cette culture la place qui leur revient.

Le caméraman et co-réalisateur Christophe Farnarier,
remarqué notamment pour son travail dans « Honor de Cavaleria » d’Albert Serra, ou son documentaire primé « El Somni », pose sur
la réalité Rasta un regard intimiste et amoureux.

Fiche technique du film

Réalisatrice : Hélène Lee
Chef opérateur et co-réalisateur : Christophe Farnarier
Monteuse : Nini Ranaivoarivony
Son : Fred Gremeaux et Jean-Christophe Caron
Archives : Catherine Jivora
Producteur délégué : Alexandre Perrier
Producteur associé : Percy Yip Tong (Ile Maurice)
Production : Kidam en association avec Cyper Produktion et RFO avec la participation du Centre National du Cinéma et de l’Image Animée et de la Procirep

Mis en ligne par Medialternatif
 8/05/2011
 https://medialternative.fr/?le-premier-rasta-leonard-gong,3623

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